Quand j’ai monté ma première SASU il y a quelques années, je me suis posé exactement cette question. J’avais créé une structure simple, avec très peu de transactions mensuelles : quelques factures clients, un virement de salaire de dirigeant et deux ou trois charges fixes. Je me souviens avoir comparé une dizaine d’offres bancaires, craignant de payer des frais disproportionnés pour une activité modeste. À l’époque, certaines banques traditionnelles m’avaient proposé des formules à plus de 40 € par mois, alors que je réalisais à peine dix mouvements. Depuis, j’ai appris à identifier précisément les critères qui comptent vraiment pour une SASU avec peu de mouvements. Je vais vous expliquer comment choisir une banque adaptée à ce profil sans tomber dans les pièges tarifaires.
Besoins réels d’une petite SASU
Une SASU génère par nature moins de transactions qu’une société avec plusieurs associés ou une activité commerciale intense. Dans mon cas, il s’agissait surtout de virements entrants pour les prestations facturées, de virements sortants pour payer mes charges sociales, mes impôts et quelques fournisseurs. Je n’avais pas besoin de terminal de paiement, encore moins d’encaissements par chèque. Pourtant, la loi impose l’ouverture d’un compte professionnel pour toute société à capital social, même si celui-ci reste dérisoire.
Ce compte sert d’abord à déposer le capital lors de la création. La banque fournit alors un certificat de dépôt de fonds, indispensable pour immatriculer la SASU au RCS. Une fois la société créée, ce même compte devient le centre de toutes les opérations : encaissement des factures clients, paiement des cotisations URSSAF, règlement de la TVA et de l’impôt sur les sociétés. Cette séparation comptable protège en cas de contrôle fiscal, car l’administration considère toutes les recettes comme professionnelles si aucune distinction n’existe entre comptes privé et professionnel.
Pour une SASU peu active, les besoins se résument souvent à quelques virements par mois, une carte bancaire pour les dépenses courantes et un accès mobile pour consulter les soldes en temps réel. Je me souviens d’un collègue qui avait sous-estimé ce dernier point : il avait choisi une banque traditionnelle sans application moderne, ce qui l’obligeait à se déplacer en agence pour le moindre export de relevé. Un jour, son expert-comptable a réclamé les justificatifs de l’année, et il a perdu une journée entière à photocopier des documents papier. Depuis, il utilise une banque en ligne avec exports automatiques.
Frais à comparer
Les tarifs bancaires varient énormément : certaines offres commencent à 0 € par mois, d’autres dépassent 40 € pour des formules complètes. Si votre SASU réalise peu de mouvements, payer des frais élevés devient absurde. La première chose à vérifier, c’est le coût mensuel de tenue de compte. Ensuite, il faut analyser les frais par opération : virements SEPA, prélèvements, retraits aux distributeurs, commissions de mouvement.
Certaines banques traditionnelles appliquent une commission de mouvement calculée sur le total des opérations débitrices mensuelles. Si vous dépassez un seuil bas, disons 1 000 € de mouvements, vous payez un pourcentage supplémentaire. Pour une SASU qui émet seulement quelques virements par mois, cette commission reste souvent négligeable, mais elle peut vite grimper en cas d’activité ponctuelle intense. De leur côté, les banques en ligne proposent généralement des tarifs fixes sans surprise : un abonnement mensuel qui couvre un nombre illimité ou plafonné de virements, une carte incluse et parfois même un module de facturation intégré.
Je me souviens d’un contrôle fiscal où j’ai dû prouver l’origine de chaque centime entrant sur le compte. Heureusement, mon expert-comptable pouvait télécharger tous les relevés depuis l’application de ma banque en ligne, au format compatible avec son logiciel. Cette simplicité administrative justifie à elle seule le choix d’une solution numérique. Si vous comparez les offres, prenez garde aux frais cachés : certains établissements facturent les virements internationaux, les retraits hors zone euro ou l’envoi de chéquiers. Si vous n’en avez pas l’utilité, inutile de payer pour ces services.
Cartes et plafonds utiles
La carte bancaire professionnelle sert surtout aux achats en ligne ou aux paiements ponctuels : abonnement SaaS, fournitures de bureau, carburant si vous utilisez un véhicule de fonction. Pour une SASU avec peu de dépenses, les plafonds standards suffisent amplement. Je n’ai jamais eu besoin de dépasser 2 000 € par mois, et pourtant j’ai payé pendant un an une formule premium avec plafonds de 10 000 € que je n’exploitais jamais.
Certaines banques proposent des cartes virtuelles ou éphémères pour sécuriser les achats en ligne. J’ai utilisé cette fonctionnalité lors d’un voyage professionnel : ma carte physique était restée au bureau, mais j’ai pu générer une carte virtuelle depuis l’application pour régler l’hôtel. Ce genre de souplesse devient précieux quand on travaille seul et qu’on n’a pas le temps de passer en agence.
Vérifiez aussi les options de paiement international si vous facturez hors zone euro. Certaines néobanques offrent des taux de change avantageux et des paiements sans frais dans plus de 40 devises. À l’inverse, une banque classique facture souvent 3 à 5 % sur chaque transaction internationale. Si votre SASU achète régulièrement du matériel auprès de fournisseurs étrangers, cette différence pèse lourd sur la trésorerie.
Encaissement et virements
Une SASU avec peu de mouvements reçoit généralement ses paiements par virement SEPA. Si vous exercez une activité de conseil ou de prestation intellectuelle, vous n’avez probablement pas besoin de terminal de paiement ni de chéquier. En revanche, la rapidité des virements entrants compte : certains établissements créditent le compte en quelques heures, d’autres prennent deux jours ouvrés.
Je me souviens d’un incident avec un client qui m’a payé un vendredi soir. Le virement est arrivé le lundi suivant dans ma banque traditionnelle, alors que j’avais une échéance fiscale le mardi. J’ai dû solliciter un découvert ponctuel pour éviter le rejet du prélèvement. Depuis, je privilégie les banques qui proposent les virements instantanés inclus dans l’abonnement. Cette option permet de recevoir les fonds en quelques secondes, 24 h/24 et 7 j/7.
Si vous facturez à l’étranger, vérifiez que votre banque accepte les virements SWIFT sans frais prohibitifs. Certaines néobanques gèrent nativement les transactions en devises multiples, avec un IBAN unique qui simplifie la gestion. À l’inverse, les banques traditionnelles facturent souvent des commissions fixes plus un pourcentage sur chaque virement reçu hors zone euro.
Points de vigilance juridiques
La législation impose de conserver tous les relevés bancaires pendant au moins cinq ans. Ces documents constituent des pièces justificatives en cas de contrôle ou de litige avec un fournisseur. Avec une banque en ligne, l’archivage numérique devient automatique : vous téléchargez les relevés au format PDF et vous les stockez dans un espace sécurisé. Je connais un dirigeant qui a perdu ses relevés papier suite à un dégât des eaux dans son bureau. Il a dû demander des duplicatas payants à sa banque, ce qui lui a coûté près de 200 € pour reconstituer trois ans d’historique.
Autre point crucial : assurez-vous que votre banque est bien agréée par l’ACPR, l’autorité de contrôle prudentiel et de résolution. Certaines néobanques opèrent sous licence européenne, ce qui garantit la protection des fonds jusqu’à 100 000 € en cas de faillite de l’établissement. Lors de mon dernier choix de compte, j’ai vérifié systématiquement ce détail sur le site de l’ACPR avant de signer quoi que ce soit.
Enfin, si vous cumulez une SASU et une auto-entreprise, ouvrez deux comptes distincts. Chaque structure possède son propre régime fiscal et comptable, et mélanger les flux complique inutilement la gestion. J’ai accompagné un ami dans cette situation : il a fini par ouvrir un second compte dans la même banque en ligne, avec un abonnement séparé. Cela lui permet de suivre chaque activité indépendamment et de transmettre les bons relevés à son expert-comptable sans confusion.



